Le mûrier platane cumule deux problèmes sanitaires majeurs : le chancre coloré, maladie vasculaire causée par le champignon Ceratocystis platani, et le longicorne tigre, insecte dont les larves creusent des galeries dans le bois. Depuis janvier 2025, un arrêté ministériel interdit les traitements chimiques systémiques sur ces arbres dans les zones urbaines, pour protéger les pollinisateurs.
Les collectivités et les particuliers doivent désormais se tourner vers des alternatives biologiques. Le cadre réglementaire a changé, mais les solutions disponibles n’ont pas toutes le même niveau de preuve.
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Nématodes entomopathogènes contre le longicorne tigre : ce que montrent les essais terrain
Les signalements de longicorne tigre sur mûriers platanes sont en hausse depuis 2024, un phénomène lié au réchauffement climatique qui favorise la prolifération de cet insecte invasif en zone méditerranéenne. Des campagnes de piégeage renforcées ont été lancées dans plusieurs régions du sud de la France.
La piste la plus documentée à ce jour repose sur les nématodes entomopathogènes appliqués contre les larves de longicorne. Des essais menés en Gironde ont montré une réduction significative des populations larvaires en six à huit semaines, sans impact mesuré sur la faune auxiliaire. Le principe est simple : ces vers microscopiques pénètrent dans les larves, libèrent une bactérie symbiotique qui les tue, puis se reproduisent avant de chercher de nouvelles proies.
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L’application se fait par pulvérisation ou injection directe dans les galeries creusées par les larves. Elle nécessite un sol ou un substrat humide, car les nématodes se déplacent dans un film d’eau. L’intervention doit avoir lieu au printemps ou en début d’automne, quand les larves sont actives et les températures favorables.
Les retours terrain divergent sur la durée de protection. Certains arboriculteurs constatent une recolonisation dès la saison suivante si les arbres voisins ne sont pas traités simultanément. Le traitement par nématodes fonctionne à l’échelle d’un massif, pas d’un arbre isolé.
Chancre coloré du mûrier platane : les limites des traitements biologiques actuels
Le chancre coloré reste la maladie la plus redoutée. Le champignon Ceratocystis platani pénètre par les blessures du tronc ou des racines et colonise les tissus vasculaires. Selon le ministère de l’Agriculture, aucun traitement curatif n’est disponible contre le chancre coloré. Le seul moyen de lutte reconnu est l’abattage de l’arbre infecté suivi de son incinération.
Des retours d’agriculteurs bio, relayés par le réseau France Nature Environnement, signalent une meilleure résistance post-traitement chez de jeunes plants soumis à des extraits de neem ou du purin d’ortie, en conditions humides. Ces observations concernent la prévention sur des sujets sains ou récemment plantés, pas la guérison d’arbres déjà atteints.
La distinction est capitale. Un mûrier platane présentant des lésions bleu-noir sur le tronc, des suintements ou un dépérissement rapide du feuillage ne peut pas être sauvé par un traitement biologique. L’utilisation de fongicides biologiques (à base de cuivre ou de soufre) peut freiner la progression de champignons secondaires, mais elle n’a pas d’effet démontré sur Ceratocystis platani lui-même.
Ce qui relève de la prévention, pas du soin
- Désinfecter systématiquement les outils de taille entre chaque arbre, avec une solution d’alcool ou d’eau de Javel diluée, pour éviter la transmission du champignon par les lames contaminées.
- Éviter les blessures d’écorce lors des travaux de terrassement, de fauchage ou de stationnement de véhicules à proximité du tronc.
- Appliquer un mastic cicatrisant sur les plaies de taille importantes, en particulier sur les jeunes sujets.
- Surveiller les anastomoses racinaires (contacts entre racines d’arbres voisins) qui permettent au champignon de se propager d’un arbre sain à un arbre malade sans passage par l’extérieur.
Mûriers platanes résistants : la sélection variétale comme alternative de fond
Le vrai levier à moyen terme ne passe ni par les fongicides ni par les nématodes, mais par le choix des arbres eux-mêmes. Des programmes de sélection variétale cherchent à identifier ou à développer des mûriers platanes présentant une tolérance accrue au chancre coloré.
Le terme « génétiquement modifié » prête à confusion. Il ne s’agit pas, dans la quasi-totalité des programmes européens, de transgenèse (insertion de gènes étrangers), mais de sélection de lignées naturellement plus résistantes au champignon, croisées entre elles pour renforcer ce caractère. Ce travail est long : plusieurs cycles de reproduction et d’observation sont nécessaires avant qu’une variété soit diffusée en pépinière.

Pour un particulier qui doit remplacer un mûrier platane abattu à cause du chancre, le choix de la variété à replanter est le moment décisif. Demander au pépiniériste l’origine génétique du plant et sa tolérance connue aux maladies vasculaires n’est pas un luxe. Les données disponibles ne permettent pas encore de garantir une immunité totale, mais certaines lignées montrent une progression du champignon nettement plus lente.
Entretien du sol et biodiversité : réduire la pression sanitaire sans produits
Un sol vivant autour du mûrier platane contribue à limiter la pression des pathogènes. Le paillage organique (broyat de bois, feuilles mortes) maintient l’humidité et nourrit la faune du sol, y compris les organismes antagonistes des champignons pathogènes.
- Installer un paillage épais au pied de l’arbre, en évitant le contact direct avec le tronc pour ne pas favoriser les pourritures.
- Favoriser la présence de plantes couvre-sol et de fleurs mellifères autour du mûrier pour attirer les auxiliaires (chrysopes, coccinelles) qui régulent les populations de tigre du platane.
- Éviter le compactage du sol par le passage d’engins, qui asphyxie les racines et fragilise l’arbre face aux infections.
Ces pratiques ne remplacent pas un traitement ciblé en cas d’infestation déclarée. Elles agissent en amont, en rendant l’arbre moins vulnérable et en limitant les portes d’entrée pour les pathogènes. Un mûrier platane bien implanté dans un sol aéré et riche résiste mieux qu’un sujet stressé par un sol tassé ou appauvri.
La gestion sanitaire du mûrier platane repose aujourd’hui sur un triptyque : surveillance active des ravageurs, prévention rigoureuse contre le chancre coloré, et choix de variétés mieux adaptées lors des replantations. Les traitements biologiques offrent des résultats concrets contre le longicorne tigre, mais le chancre coloré reste une impasse thérapeutique que seule la sélection variétale pourrait, à terme, contourner.


